Douze idées pour développer une équipe provinciale de voile jeunesse au Québec (partie 1)

Cela fait maintenant quelques années que l’on parle de reconstituer une équipe provinciale de voile jeunesse au Québec. Voici quelques idées pour le faire, qui sont non seulement adaptées à la situation particulière au Québec, où la voile de compétition est un sport peu pratiqué, mais qui reposent aussi sur les méthodes utilisées là dans le monde où l’on produit régulièrement des athlètes de haut niveau.

Ces idées portent essentiellement sur les jeunes de 12 à 18 ans et visent à les faire réussir sur le plan sportif, sans porter préjudice à leur scolarité, qui devient typiquement de plus en plus exigeante au fur et à mesure que les années avancent. Les considérations abordées sont diverses, du choix des embarcations à la planification annuelle et au contrôle des coûts. Ces idées sont le fruit de multiples discussions et réflexions sur le sujet au cours des dernières années. Elles forment toutefois un ensemble cohérent, visant à susciter l'engouement des athlètes, des entraîneurs, des parents et des divers responsables au niveau des clubs et de la province. Vous avez des commentaires après la lecture de ce document ? Ils sont les bienvenus. Merci de les communiquer (via le formulaire de contact sur cette page)

En bref, les 12 idées sont …
  • Positionner stratégiquement l’équipe provinciale entre les niveaux club et fédéral
  • Limiter initialement à 4 les types d’embarcation éligibles pour faire partie de l’équipe
  • Adopter une structure légère et agile
  • Développer des programmes annuels spécifiques
  • Être présent à des compétitions internationales bien choisies
  • Concilier voile de compétition et exigences scolaires
  • Prolonger la saison de voile grâce à la Nouvelle-Angleterre
  • Organiser des entraînements d’hiver, avec priorité aux congés scolaires
  • Utiliser la période hivernale pour la préparation physique et les formations théoriques
  • Contrôler les coûts annuels par une bonne planification
  • Développer des communications professionnelles sur les activités de l’équipe
  • Rechercher financements et commandites
Les 6 premières sont discutées ci-dessous.

I. Positionner stratégiquement l’équipe provinciale entre les niveaux club et fédéral

La pratique de la voile de compétition est limitée à quelques clubs au Québec. Et pourtant, la province produit régulièrement des athlètes de haut niveau, qui pourront alors cheminer au niveau canadien et international. Le développement des athlètes se fait typiquement au niveau des clubs. Mais à un certain moment, la plupart des clubs ne sont plus en mesure de soutenir leurs meilleurs athlètes, notamment par manque de ressources en termes de coaching. Aussi, pour progresser, il est essentiel que l’athlète s’entraîne avec plusieurs autres athlètes de son niveau, ou d’un niveau plus élevé. C’est à ce stade que se justifie une équipe rassemblant les jeunes athlètes les plus prometteurs des différents clubs. Le jeune athlète restera membre de son club, mais s’entraînera la grande majorité du temps avec les autres athlètes de l’équipe provinciale. Comme indiqué plus bas, un nombre limité de places est disponible à l’intérieur de cette équipe, afin de ne pas déforcer les clubs et aussi de s’assurer que l’équipe provinciale possède véritablement un niveau supérieur à celui des clubs.

II. Limiter initialement à 4 les types d’embarcation éligibles pour faire partie de l’équipe

Il est essentiel de choisir stratégiquement et de limiter les types d’embarcation éligibles pour l’équipe.

Pour le dériveur solitaire, c’est tout d’abord le Laser Radial qu'il importe de retenir, puisqu'il est très bien implanté dans les clubs, tant au niveau provincial que canadien. Il y aurait un coach spécialiste du Laser qui serait attitré au groupe des Lasers Radial à l’intérieur de l’équipe. Ce groupe serait composé de 8 athlètes au maximum. Au début, seraient sélectionnés les meilleurs athlètes junior en Laser Radial de la province, mais par la suite, ce sont surtout les athlètes en Laser 4.7, déjà membres de l'équipe, qui feraient la transition vers le Radial.

Le deuxième type d’embarcation solitaire est en effet le Laser 4.7, qui constitue le passage normal entre l’Optimist et le Laser Radial. Négligé pendant de nombreuses années au Canada et au Québec, le Laser 4.7 est super développé en Europe, et en voie d’établissement au Canada, avec des flottes notamment en Nouvelle Écosse, en Colombie Britannique, en Alberta et en Ontario. Inclure le Laser 4.7 est essentiel, pour accueillir les jeunes les plus prometteurs de l’Optimist, ou possiblement d'autres classes, sans compromettre leur talents - contrairement au Laser Radial, qui requiert un poids physique beaucoup plus élevé que le Laser 4.7 (de l'ordre de 145 livres). Avec le Laser 4.7, les athlètes en Optimist ont une réelle option de dériveur solitaire et ainsi éviteront de rester trop longtemps en Optimist, où il n’est pas possible d’être compétitif au delà d’environ 110 livres. Dépendamment de la taille de l'athlète, la transition vers le 4.7 peut avoir lieu à un âge entre 12 et 15 ans. Les athlètes en Laser 4.7 resteront dans ce groupe pour un, deux ou trois ans, avant de transiter vers le Laser Radial, ou encore un dériveur en double, selon leur préférence, ou encore si leur poids demeure insuffisant pour le Laser Radial. Au niveau international, le Laser 4.7 est une classe U18, et donc l’âge maximum pour participer aux compétitions est de 17 ans. Il convient d’imposer cette règle aussi à l’équipe provinciale. Pour commencer, celle-ci serait composée de 8 athlètes au maximum, mais il serait possible d’en augmenter l’effectif par la suite.

La troisième embarcation est le Club 420, qui demeure le dériveur en double le plus présent au Québec, au Canada et en Amérique du Nord. Il y a eu certes des tentatives au Canada d’introduire l’International 420 - mais il n’y a pas véritablement de mouvement substantiel dans ce sens. Pour être compétitif en Club 420, il conviendra de trouver des arrangements avec les clubs pour que les athlètes sélectionnés puissent utiliser, dans la mesure du possible, des bateaux de qualité, compétitifs, appartenant à leur club. Toutefois, il sera probablement nécessaire pour certains athlètes que soit faite l’acquisition de bateaux neufs ou légèrement usagés. Le Club 420 n’est pas une classe internationale, mais il offre maintes opportunités de régates dans le contexte nord-américain, y compris les championnats nationaux et nord-américains. Pour commencer, il y aurait 8 à 12 athlètes et donc 4 à 6 bateaux seulement dans l’équipe. Ce nombre serait à terme augmenté, pour avoir des flottes plus conséquentes à l’entraînement, ce qui nécessiterait un deuxième coach, ou un assistant coach.

La quatrième embarcation est le 29er, qui a connu récemment un regain de popularité dans la province, mais qui est aussi en croissance à l’international, en particulier en Europe. Le 29er est le tremplin logique vers le 49erFX et le 49er - deux dériveurs Olympiques. Tout comme le Club 420, le 29er offre l’opportunité pour des athlètes ayant un poids insuffisant pour le Laser, de pratiquer la voile de compétition, puisque ces embarcations privilégient d’avoir comme barreur un athlète de poids modéré. Tout comme pour le Club 420, il y aurait initialement 8 à 12 athlètes et donc 4 à 6 bateaux dans l’équipe. Ce nombre serait lui aussi à terme augmenté, pour avoir des flottes plus conséquentes à l’entraînement. Ceci nécessiterait aussi l’intervention d’un second coach, ou d’un assistant coach.

Il convient de noter ici que le cinquième type d’embarcation qui serait souhaitable, dans une optique internationale, mais qui n’est malheureusement pas suffisamment populaire présentement dans la province, est la planche à voile. Le matériel à utiliser est la Techno 293, et la Techno 293+, très populaires au niveau international, et très abordables financièrement. La RS:X, qui pourrait bien perdre bientôt son statut Olympique, ne serait pas utilisée. La planche à voile pourrait être ajouté au programme après un ou deux ans, tout comme d’ailleurs le kiteboarding. Aux jeux Olympiques de Paris en 2024, la planche à voile et le kite compteront 3 des 10 médailles en voile - ce qui démontre l’importance de promouvoir ces disciplines dans la province. A suivre également est l’évolution de la planche à voile vers le windfoiling - une discipline qui suscite un grand engouement au niveau international et qui pourrait devenir olympique dès 2024 avec l’iFoil.

Pour ce qui est des autres embarcations, notamment le Laser standard, le 49er, le 49erFX, le 470, ou encore le Nacra 17, il n’est pas souhaitable de les inclure. Les athlètes optant pour ces plateformes, qui auront typiquement atteint 18 ans, devront avoir un niveau suffisant pour trouver un soutien au niveau fédéral.

Pour ce qui est des lieux d’entrainement, il conviendra de trouver les solutions les plus pratiques pour la majorité des membres de l'équipe. Il y aurait 2 ou 3 clubs particulièrement impliqués. Actuellement, par exemple, le 29er est surtout pratiqué au club Royal St Laurent. Ce serait le lieu logique pour l’entrainement des équipages de 29er de l’équipe provinciale. Il faudra voir où organiser le Laser 4.7, le Laser Radial et le Club 420, ce qui serait toutefois fait, initialement, dans l’Ouest de l’île de Montréal, où la grande majorité des athlètes de haut niveau s’entraînent actuellement. A terme, il sera possible de répliquer le modèle dans d’autres localisations.

III. Adopter une structure légère et agile

Avec les 4 types d’embarcation, et les 8 à 12 athlètes prévus pour chacune d’elle au début, l’on parle d’un total de 32 à 40 athlètes et de 4 coachs. Ce nombre de coachs serait le strict minimum, mais il conviendrait d’ajouter à celle-ci un Directeur sportif, poste qui est standard à l'international dans la plupart des clubs de voile disposant d’équipes de compétition, et qui viendrait en appui au travail des coachs.

Les responsabilités du Directeur sportif comporteraient notamment toutes les formes de planification au niveau des (sous-) équipes et des différents athlètes, la coordination de la logistique, les partenariats, etc.  Le Directeur sportif assurerait, avec le coach, un suivi de de la progression de chaque athlète. Il aura aussi une responsabilité en matière de communications avec les parents. Le Directeur sportif serait régulièrement présent sur l’eau pour appuyer les coachs, et pourrait aussi produire du matériel audio-visuel de qualité, tant à des fins d’entraînement que de communications. Le poste de directeur sportif serait à financer à même le budget de l’équipe.

Pour ce qui est du coaching, il conviendra de recruter les meilleurs coachs de disponibles pour chacun des types d’embarcation. C’est essentiel d’avoir des coachs de haut niveau, si possible de calibre international. Car sinon, participer à l’équipe n’aura pas de sens pour la plupart des athlètes. Il conviendra de procéder à une sélection objective des coachs, basée sur leur connaissance de l’embarcation pour laquelle ils postulent, et sur les résultats obtenus avec des athlètes dans le passé.

Il y aurait énormément d’autonomie laissée aux 4 « sous-équipes » / escadrons pour l’élaboration de leurs programmes d’entraînement et de compétition. Il faut en effet s’attendre à ce que les programmes pour les 4 types d’embarcation puissent être très différents.

L’impartialité du leadership de l’équipe est essentiel. Il faut s’attendre à terme à beaucoup de demandes d’adhésion à l’équipe, ceci pour peu d’élus. C’est bien toute l’idée: une équipe d’élite, pour ne pas déforcer les programmes dans les clubs. Il conviendra de mettre en place des critères et systèmes de sélection rigoureux, basés par exemple sur des résultats à des compétitions telles que CORK, ou encore à des régates qui auront été identifiées comme sélectives.

Comme indiqué plus haut, notamment pour le Club 420 et le 29er, il sera possible d’augmenter les effectifs de l’équipe, et aussi d’ajouter par exemple la planche à voile. Tout cela nécessitera plus de ressources. Dans un premier temps, il conviendra donc de commencer avec une structure légère et agile, et un effectif réduit - 4 coachs et un directeur sportif.

IV. Développer des programmes annuels spécifiques

Une progression en voile de compétition nécessite une planification annuelle de qualité pour chaque athlète. Les athlètes naviguant sur le même type d’embarcation auront généralement des programmes très similaires. L’exception principale est constituée par la préparation et la participation aux championnats internationaux majeurs - européens et mondiaux - auxquels seulement un ou quelques athlètes participeraient.

La planification d’une année de voile est souvent largement conditionnée par le calendrier des courses. Un autre élément super important est le calendrier scolaire des athlètes. Et bien entendu, dans le contexte du Québec et de la plupart des juridictions au Canada, l’impossibilité de pouvoir pratiquer localement le sport pendant 6 mois de l’année à cause de la longue période hivernale a un impact évident sur la programmation.

La planification annuelle d’un groupe naviguant sur la même embarcation n’est généralement pas complexe. Prenons comme exemple cette le cas de la Nouvelle Écosse et de son groupe d’athlètes en Laser 4.7. Cette année, ces athlètes se sont entraînés parfois dans leurs clubs respectifs, parfois ensemble, durant le printemps et le début de l’été. Il y a eu des régates de 2 jours à Halifax, St Margarets Bay et Lunenburg, ainsi qu’à Shediac au Nouveau Brunswick (Sail East, en Laser Radial par manque de 4.7). Ensuite les athlètes se sont dirigés au début août vers Kingston pour participer aux championnats canadiens jeunesse en Laser 4.7 (plus de 60 participants) et au championnat mondial de Laser 4.7, qui a suivi. Pour les entraînements en Nouvelle Écosse et au Nouveau Brunswick, il y avait généralement une dizaine d’athlètes. Pour les régates, il y en avait environ une vingtaine. Le programme a été développé par Agustin Ferrario, du Royal Nova Scotia Yacht Squadron, qui conseille les responsables provinciaux et qui accompagne régulièrement les athlètes canadiens aux championnats du monde jeunesse organisés par World Sailing. Le programme est simple et flexible. Il a même permis à un athlète québécois invité à y participer, avec pour résultat une place de 3ème athlète canadien au championnat jeunesse canadien, ceci seulement après quelques mois en Laser 4.7.

L’exemple de la Nouvelle-Écosse montre bien l’autonomie dont doit disposer chaque groupe / escadron. C’est seulement pour les entraînements d’hiver, et possiblement de printemps et d’automne, et à certains évènements, tels que les championnats provinciaux, que l’ensemble de l’équipe serait en un même lieu.

Si la planification de la saison déterminera largement les entraînements et compétitions de chaque athlète, il convient aussi d’avoir des plans individuels, pour tenir en compte des facteurs tels que les obligations scolaires, les contraintes budgétaires, la participation à certaines compétitions, ou encore la non-participation, motivée, à certaines compétitions ou entraînements.

V. Participer à des compétitions internationales bien choisies

L’exemple présenté plus haut pour le Laser 4.7 montre l’importance d’une bonne programmation, qui dans ce cas a été excellente et à réellement permis aux athlètes d’être raisonnablement compétitifs aux mondiaux - la plupart ayant terminé au milieu de la flotte argent.

Bien choisir les compétitions où participer est très important, ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, comme cela prend souvent beaucoup de temps pour les déplacements et pour participer, il faut que la compétition en vaille la peine. Ensuite, il y a la question des coûts, et certaines destinations sont évidemment beaucoup plus onéreuses que d’autres. Il faut aussi s’assurer d’assister à suffisamment de compétitions contribuant aux mécanismes de sélection - système en place par exemple pour les Lasers 4.7 et Laser Radial - via un « Grand Prix » géré par l’association nord-américaine de la classe Laser.

Il faut souligner ici l’importance de l’Europe, où se déroulent la plupart des compétitions de voile jeunesse. La voile est un sport beaucoup plus pratiqué en Europe qu’en Amérique du Nord. Pour participer à des courses de haut niveau, tant en Laser 4.7 qu’en Radial et en 29er, il est assez inévitable de se déplacer en Europe. C’est seulement le Club 420 qui a toutes ses compétitions en Amérique du Nord, puisque partout ailleurs dans le monde, c’est le 420 International, ou i420, qui est utilisé comme embarcation.

Donc, pour 3 des 4 types d’embarcation, un voyage annuel en Europe, se justifiera - sachant que les implications en termes de coûts - location des bateaux, voyages internationaux - sont substantielles. La décision de participer ou non à des compétitions en Europe a à être prise de manière collégiale, et ne devrait toutefois pas être forcée sur les athlètes / familles.

Il importe de noter que participer aux compétitions internationales de haut niveau est important, même si on ne peut espérer au début briguer l’avant de la flotte - la flotte Or. C’est seulement en étant exposé au niveau international qu’un athlète peut progressivement comprendre ses déficiences et, à terme, espérer y remédier.

C’est toutefois qu’après beaucoup de pratique et des progrès réels aux niveaux local et provincial que la participation à des compétitions internationales, notamment en Europe, peut se justifier, tant d’un point de vue athlétique que financier.

VI. Concilier voile de compétition et exigences scolaires

Il est nécessaire de planifier les activités de voile, que ce soient les entrainements ou les compétitions, en fonction des calendriers et exigences scolaires.

Si il y a peu de contraintes scolaires quand le jeune a 12 ou 13 ans, les choses changent rapidement par la suite, avec la pression scolaire et l’exigence de bonnes notes pour la poursuite des études au delà du secondaire.

Certes, il existe maintenant un programme voile étude au Québec, et certaines écoles, la plupart privées, offrent aussi plus de flexibilité que d’autres, jusqu’à même des séances spéciales de rattrapage pour les athlètes de haut niveau s’étant absentés. Mais de manière générale, il y a peu de flexibilité, et il convient d’adapter la planification des activités de voile avec les exigences scolaires.

Les propositions qui suivent, pour prolonger la saison de voile, et s’entraîner en hiver, respectent cette considération importante qu’est de concilier voile de haut niveau et scolarité.

A noter que certaines écoles ont des horaires particulièrement propices pour permettre, au printemps et en automne, des entraînements après l’école, par exemple une ou deux fois par semaine, pendant les quelques mois où c’est possible (Septembre, Octobre, Mai, Juin). C’est quelque chose qui devrait être beaucoup plus encouragé et devrait être aussi intégré dans les activités de l’équipe provinciale.

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